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Je et la haine

Je hais la haine. Ces regards de travers qui te font mal droit dans le cœur. Ces regards lancés sans même connaître la trajectoire de ta vie. Juste sur une première impression. Je hais la haine. Ces mots crachés à tout-va. Ces fers croisés contre tout. Sans savoir vraiment pour quoi. Pourquoi ? Sans vraiment vouloir connaitre. Je hais la haine. Cette haine de l’autre. Contre l’autre que l’on ne connait pas. Et que l’on ne veut pas connaitre. Que l’on hait déjà sans savoir qui il est. Cette haine gratuite qu’on nous vend un peu partout. Cette violence. Physique. Morale. Verbale. Je hais la haine faite de préjugés. De dogmes. De règles. De mythes. D’impossibilités de changer d’avis. Cette sorte d’obligation d’haïr un certain autre à vie. Cette rage envers l’autre. Cette violence. Cette haine. Ce sang même. Oui. Je la hais.
Tu es la haine. Mon frère. Regarde tes mots. Tes gestes. Tes faits. Tes fers rouges. Prêts à rugir. Mon frère. Tu es la haine. Et moi je t’aime. Mon frère. De sang. De lait. De rue. De douleur. De passion. Un homme comme tous. Nous sommes. Tu hais. Une somme d’hommes. Et l’un et l’autre nous pourrions faire beaucoup. Mais tu hais l’autre. Mon frère. Un recueil de ressentiments. A toi tout seul. Tu t’isoles. L’un contre l’autre. Tu ne récoltes que ce que tu hais. La haine au fond de toi. De tes yeux. De tes mains. De ta bouche. Tu es la haine mon frère. Sans savoir vraiment pourquoi, tu hais l’autre en face de toi. Au premier regard. Sans vraiment savoir qui il est. Toi tu hais. Et tu es acide au fond des yeux, au-delà des mots. A tuer tout échange entre l’un et l’autre. Quel qu’il soit. Et moi. Et moi, je… Je hais ta haine. Mon frère.
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ma très chair
 Alors c’était ça ton rêve d’Amérique Attendre jusqu’à plus soif Les noms se sont envolés comme des cendres On ne les retrouvera pas Alors c’était ça Un billet aller Jusqu’à plus soif La tranche d’un vieux papier jauni sillonne tes doigts Tu dois savoir pourquoi Pourquoi eux Et pas toi Attendre jusqu’à plus vivre Sur une chaise d’Amérique Quelques éclats de verre au fond des yeux Un océan qui sépare des vies Des visages qui finissent par disparaître Alors c’était ça ton rêve Des années à hurler sur une chaise Pendant qu’on brûlait les traces A petit feu A perte de vue L’Amérique au bout des doigts A quelques gouttes de sang près Comme un temps qui s’est arrêté A jamais ton temps Les murs se sont refermés Les ponts ne se sont pas construits Alors c’était ça Pendant des années Ma très chère
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Le début de l'enfin

Parce que la vie ce n’est pas toujours un parcours pieds nus sur un tapis de braises brûlantes Parce qu’il y a un jour qui se lève et qu’on se dit que ça vaut la peine d’être vécu Parce que bien qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige ou qu’il glace, il reste toujours du soleil dans nos cœurs et dans nos corps Parce qu’il y a des moments ou l’on peut laisser tomber nos douleurs passées comme un arbre se sépare de sa vieille écorce pour repartir de plus belle Parce qu’au bout du compte on se construit toujours et de tout Parce qu’il existe des regards clairs et fragiles dans lesquels on peut lire l’avenir Parce qu’avoir peur du futur cela veut aussi dire avoir envie de vivre pleinement Parce qu’il y a des matins encore plus beaux Parce qu’il y a des soirs et des nuits que l’on n’oubliera jamais Parce que nous savons sourire, danser, courir Parce qu’il y a des mains qui se tendent Parce qu’on se dit qu’il y a un univers des possibles Parce que je te vois en couleurs Parce qu’un vide est fait pour être comblé, même et surtout celui qui résiste entre chaque seconde Parce qu’on a des envies, des plaisirs et des désirs Parce que les grains de sable sont faits pour être soufflés et les sourires répétés Parce que ce matin je voudrais déplacer les montagnes pour qu’il n’y ait plus jamais d’hiver dans nos cœurs Parce qu’on rêve et qu’on investit dans la tendresse Parce qu’un sourire est le plus beau des gestes Il y a le mot optimisme Que j’écris enfin Optimisme
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Servitude de passage

Tu te tais. Tu es toi. Tu peints. Tes toiles. Tu es cri. Tu y crois. Tu dévoiles. Dans le silence ou dans le bruit. Dans la solitude. Dans la nuit. Pendant que les douleurs passées se tendent sous nos doigts qui caressent le papier ou la toile, il y a cette douleur qui arrive. Ce silence. Ces blessures qui remontent de nos déserts arides. De nos errances mélancoliques au plus fin fond de nos mémoires instables. Pendant que tu les peints ou qu’on les crie, il y a ces quelques anciens souvenirs qui viennent faire des moments présents une poussière d’étoile. Un désastre. Une toile. Quelques mots. Le soleil nous oublie pendant que l’on se replie. Que l’on s’accroche. Que l’on fait corps avec le papier et la toile. Il y a comme un vide qui se crée. Comme un accord tacite avec le temps. Comme une recherche de l’infini. Il y a cette distance entre chaque seconde. Cette distance entre la cause et l’effet. Cette distance entre l’instrument et la pensée. Ce froid dans le dos. Cette peur. Cette crainte de l’effet non rendu. Ces ondes brouillées entre les souvenirs, les douleurs, les choses passées, nos avenirs. Il y a tout ça. Et pourtant on continue à se dire que c’est nécessaire. Pendant tout ce temps. Pendant tout ce toi que tu es. Il se dégage une force implacable. Pas de qui. Pas de quoi. Toi, moi, nous eux. Il y a le même acharnement. Celui de vouloir extérioriser, exprimer ce qui dort en toi. Depuis longtemps parfois. Et puis il y a cet impitoyable jugement que l’on se porte à soi-même. Celui-là même qui fait oublier toute fierté. Celui-là même qui nous rend toujours insatisfaits de la forme que l’on ressent si lointaine de ce qui dort encore au fond de soi. Alors on ne s’arrête pas. On ne s’arrête plus. On ne fait plus que ça. Toute une vie. Comme s’il existait une infinie combinaison de ce qui sommeille en nous. De ce qui nous attend à la croisée de nos chemins. Comme une servitude à cet acte parfois inespéré.
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Infini ment moi

Jamais le soleil ne voit l'ombre Écrasé de blanc Mur des constellations Nous avons l'appétence de l'infini
Comme pour se débarrasser des mauvaises tombes A coup de larmes acides Qui repoussent là où on s’y attend le moins La lumière des tranchées de nos jardins secrets Nous sommes face à lui Nous en voulons toujours plus Gestes incalculables de gratitude Une soif éternelle de s’en rapprocher Le huit couché plus ou moins Un plus un sans autre choix Feuilles des quantiques Dans la mathématique des sentiments Un dessein de perfection Une esquisse recommencée Jusqu’à fusion de la main et de la mine L’infini moment des finitions, la fin de toute une vie Tu peux toujours caresser le papier de tes huiles essentielles Blanchir abondamment à t’en brûler les yeux Obscurcir des tes traits les plus fins les grains du papier Tu seras toujours à la limite Limite de l'ombre du fusain Jamais nette pourtant tranchante
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Saignant - Bleu - A poing

Tôt le matin Se réveiller avec Avec le cœur qui saigne De rêves éveillés Une nuit de songes De soulagements De mensonges De douleurs oubliées A jamais J’aimais Cette nuit de rêves Cette nuit ou alors cette vie Tôt le matin, tard le soir, dans la nuit Le cœur saigne Le corps pleure Et je plonge dans la peur Me rappelle de ses signes particuliers Néant Tout est vide. Qu’il soit tôt ou tard Tout se vide Ce vide Me rappelle à l’ordre établi Dérèglement intérieur Des mauvais jours depuis Ni contrainte, ni force Commencer à connaître Le goût du café réchauffé Des années précédentes La sensation des draps rêches de l’enfance Regarder passer les années Et garder le cœur saignant Comme un bleu à l’âme Après tout Après tout ça Poings serrés
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L'ange rit, fait minime
Les dessous de soi ne sont pas chatoyants
Par humeur ou par tendresse
Être à l’ envers de l’aimant
L’intérieur de moi n’est pas si chagrin
Il règne en surface une peau de chagrin plutôt inaltérable
Comme un bouclier de faiblesse face aux manifestations de l’alter ego
Par amour ou par sagesse
L’extérieur de soi devient réversible selon la raison
Les dessous de soi sont si sensibles
Qu’ils ne sont ni repris ni échangés
Qu’importe le problème de taille
De celui qui ne veut pas mesurer le poids des maux
Ne pas se mentir sur ses dessous
C’est comme s’avouer être un peu flou
Monter en épingle les cache-cœurs qui n‘existent qu’en bure
Mais recouvrir d’un voile satiné l’ensemble d’une vie dont on ne se souvient pas
Et puis, l’ange rit
Nous regarde nous débattre avec nos dessous difficiles à porter
L’ange rit, fait minime
On s’en fout, en dessous, de soi
Les dessous de soi, derniers remparts avant d’être mis à nu
De défaire, sans dentelle, le voile sur sa personnalité
Préliminaires incontournables
Puis laisser l’autre connaître l’intérieur de moi
Sans dessous de soi, l’équilibre n’existe pas
Il y a la face cachée, contradiction nécessaire de sa propre image
Mais si l’on s’imagine avoir des dessous sales, souillés par une vie moins envisageable
Ceux-ci sont nécessaires, quitte à ne plus connaître l’endroit de son envers ni son motif
Pendant ce temps l’ange rit toujours
Nous regarde en pleine interrogation dans les cabines d’essayage de nos vies
Il n’y a que des miroirs déformants de toute façon, que des néons qui balafrent les corps
C’est un fait minime
D’un doigt fébrile dégrafer ce qui soutient les endroits intimes de sa propre histoire
Trembler comme lors de la première fois où l’on se découvre soi-même
Par humeur ou par tendresse
Par amour ou par sagesse
Paravent de nos envers, les dessous de soi sont nos mystères
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